09/06/2011

Le grand retour des rapaces diurnes

Gypaête vincent Parmain.jpg

Longtemps considérés comme des animaux nuisibles, les rapaces ont failli disparaître de notre territoire. Classés espèce protégée en 1972, ils font aujourd’hui l’objet de programmes de maintient et de restauration.

Les rapaces diurnes se divisent en deux grandes familles. Les falconidés (faucons) petits, rapides, agiles, avec des ailes fines, pointues, et les accipitridés (aigles, vautours, buses, milans…) plus grands, plus lourds, avec de grandes envergures.   Parmi eux, certains sont chasseurs, d’autres charognards. Comme beaucoup de prédateurs, ils défendent leur territoire de chasse contre leurs congénères, ce qui limite leur population. La nourriture est aussi facteur de régulation de l’espèce. Si elle est abondante, les nichées seront plus conséquentes et inversement. Ils ont souffert de destructions systématiques du fait de la méconnaissance de leur biologie ou de peurs, croyances, légendes qu’ils suscitaient. Une « traque » qui a failli mener tous les rapaces au bord de l’extinction. Dans certaines régions, le fait de clouer une chouette sur la porte d’une grange devait éloigner les mauvais esprits. Situés en bout de chaîne alimentaire, ils sont sensibles aux polluants chimiques. Les lignes électriques sont de véritables pièges pour ces oiseaux. Aujourd’hui encore, malgré le classement de protection, ils subissent des destructions directes par tir, pièges, poison. Naturellement présents sur notre territoire, certaines espèces sont menacées et font l’objet de programmes de sauvegarde financés par le ministère de l’environnement. Le Gypaète barbu, le Vautour percnoptère et le Milan royal bénéficient d’un plan de sauvetage avec entre autre la mise en place d’aires de nourrissage. Des missions de suivi sont aussi réalisées dans les programmes européens Natura 2000. Une action qui commence à porter ses fruits puisque ces oiseaux sont en phase de recolonisation sur le département. Discrets, très sensibles au dérangement, les rapaces qui nichent en falaise s’ils sont perturbés, désertent le nid et ne se reproduisent pas. La plupart ont un à deux petits par an. Il est important pour leur survie qu’ils puissent consolider leurs effectifs. Certains nichent sur notre territoire, d’autres migrent. Le Vautour fauve par exemple navigue entre la Lozère, les Pyrénées et l’Espagne. Le Parc naturel régional, les réserves naturelles catalanes, l’ONF, l’ONCFS, le groupe ornithologique du Roussillon mettent en place les programmes de soutien et de maintien aux différentes espèces de rapaces.

 Ils sont huit, des vautours au gypaète barbu

Percnoptère JLA.jpgLe vautour percnoptère, l’africain : originaire d’Egypte, il nait chez nous, passe cinq ans en Afrique et revient se reproduire d’avril à septembre avant de repartir en Afrique. C’est le plus petit des vautours, facilement reconnaissable en vol, avec un corps blanc et le bout des ailes noir. Si l’on dénombre 68 couples sur la chaîne des Pyrénées, un seul est recensé sur notre département. Ce nécrophage se nourrit de petits animaux morts. Il niche dans les cavités des barres rocheuses ou des falaises calcaires. La femelle pond un à trois œufs par an.

Le vautour fauve, le social : il vit en groupe, niche en colonies sur les falaises utiles àvautour fauve jcf DSC_1281.JPG son envol. Il est configuré pour être un charognard. Long cou, petites serres, corps lourd (7 à 10 kg). Adepte du vol plané, on le repère facilement avec sa queue courte, une belle envergure de 2.80 m, le dessus brun, le dessous beige, les rémiges noires.

Circaête JLA.jpgLe circaète Jean-le-Blanc, le forestier : mangeur de serpents, migrateur, il bâti son nid de branches au sommet d’un pin. Avec une envergure de 1.6 à 1.8 m, il dégage en vol une impression de puissance et de majesté. Lorsqu’il chasse, il pratique le vol stationnaire appelé « saint esprit » avant de piquer sur sa proie qu’il saisit avec ses puissantes serres. Grosse tête brun sombre, des yeux jaunes, dessous blanc tacheté de brun, sont ses caractéristiques.

L’aigle royal, le maître des lieux : majestueux en vol, rapide, avecAigle royal JLA.jpg une envergure jusqu’à 2.30 m, c’est un redoutable chasseur muni de serres puissantes, d’un bec tranchant avec une acuité huit fois supérieure à celle de l’homme. Plumage brun sombre, les plumes de la tête et du cou ont des reflets dorés. Gourmet, il se nourrit principalement de marmottes (réintroduites pour sa majesté), de lapins, fouines, renards, mais aussi d’oiseaux. Il niche en falaise dans des secteurs tranquilles et inaccessibles. On dénombre 16 couples sur le département.

faucon crécerelle 2 jcf IMG_5784.JPGLe faucon crécerelle, le saint : rapace le plus commun, il niche dans tout le département, avec un appétit pour la montagne. Grand consommateur de campagnols, musaraignes, mais aussi insectes, lézards, passereaux. Vous l’avez surement aperçu dans le ciel, faisant « le saint esprit » pour repérer ses proies. Il niche dans le nid d’autres espèces, mais affectionne aussi les trous dans les bâtiments. De petite taille, jusqu’à 80 cm d’envergure, sa tête et ses joues sont gris bleu, son dos brun tacheté de noir, sa queue gris cendré avec une barre terminale noire. On compte plus de 250 couples sur le département.

La buse variable, l’opportuniste : tête ronde, queue large assez courte, son  plumagebuse variable 2 jcf IMG_0040.JPG a des couleurs très variables, généralement brun foncé avec le dessous tacheté de blanc. Sédentaire, très territoriale, elle est présente dans les milieux forestiers et niche dans les arbres. Son envergure peut atteindre 1.4 m. Elle se nourrit de petits mammifères, de batraciens, insectes, parfois de céréales ou de charognes en, cas de pénurie. Elle chasse en planant en cercle pendant des heures et souvent à basse altitude, ou postée sur un poteau, une haie, un arbre, repérant sa proie avec sa vue perçante. On compte plus de 80 couples dans le département.

Milan royal JLA.jpgLe milan royal, le racé : il arbore un plumage coloré, roux, blanc, noir, brun, gris avec une tête blanchâtre rayée. Elégant, gracile, ailes étroites, queue échancrée, c’est un des plus beaux rapaces d’Europe. Son régime est varié et s’adapte aux ressources disponibles. Volontiers charognard, il fréquente les décharges et se nourrit aussi de petits mammifères, d’oiseaux, d’insectes, de poissons morts. Il a besoin de grands arbres pour bâtir son aire, d’espaces dégagés (champs, prairies) et de zones humides où il trouve sa nourriture. Nicheur sporadique de notre montagne, il bénéficie d’un plan d’action pour sa survie.

Le gypaète barbu, al trencalos : avec une envergure de 2.8 m, son  dos gris ardoisé,Gypaête JLA.jpg ses ailes effilées et sombres, contrastant avec le dessous plus ou moins couleur rouille provoquée par des bains dans des sources ferrugineuses, c’est l’un des plus grand rapace d’Europe avec le Vautour moine. Oiseau mystérieux, mythique, il est charognard. Les os constituent 80 % de son régime alimentaire. Pour pouvoir ingérer les segments osseux trop volumineux, il saisit l’os dans ses serres, prend de l’altitude et le laisse tomber sur des rochers. Puis il se pose et récolte les morceaux d’os et de moelle dont il raffole. Ayant un faible taux de reproduction, il a failli disparaître d’Europe. Trois couples sont installés depuis 2010 dans notre département.

 ils existe aussi d'autres espèces

On rencontre sur le département d’autres espèces de rapaces diurnes. Certains sont rares tels l’aigle de Bonelli, d’autres migrateurs ou sédentaires, Bondrée apivore, faucon hobereau, Epervier d’Europe, Busard des roseaux, cendré, et Saint Martin, Aigle Botté, Autour des palombes, Faucon pèlerin. Tous ces oiseaux sont surtout visibles en vol. Lors de vos balades, scrutez le ciel, vous aurez surement le plaisir de les observer.

Un équilibre écologique

Comme de nombreux autres prédateurs, ils ont un rôle prépondérant dans l’équilibre écologique. Ils limitent la prolifération des espèces les plus gênantes pour l’agriculture (gros insectes, petits rongeurs). Ils éliminent de préférence les animaux malades ou anormaux, vieux, blessés ou morts. Ils contribuent ainsi à éviter la propagation des maladies épidémiques. Les charognards, quant à eux, font disparaître les cadavres de gros animaux sauvages ou d’élevage. Leur présence est le reflet d’une nature en bonne santé où les mécanismes de régulation jouent pleinement leur rôle. C'est un signe de richesse pour notre patrimoine commun.

Avec l’aimable participation du PNR et de Lionel Courmont du Groupe Ornithologique du Roussillon

Renseignements www.parc-pyrenees-catalanes.fr  http://pagesperso-orange.fr/gorperpignan/